Résister à l'endoctrinement religieux

Dieu est-il bon ou paradoxal ?

par Marcel Délèze

La nature divine

Entre le Dieu des chrétiens, l'Être suprême des philosophes et l'être mythologique fictif, il y a de la place pour une infinité de représentations possibles. Réduire Dieu 1 à une alternative – existence ou non existence – est une simplification abusive destinée à cacher la question sous-jacente de la nature divine. Cependant, avant de donner un visage à Dieu, il est impossible d'ignorer l'existence du malheur et du mal, sans quoi on tomberait dans une escroquerie intellectuelle.

1  Le propos est temporairement restreint aux monothéismes.

Malheurs, souffrances, arbitraire, imperfections et fêlures

Pourquoi Dieu crée-t-il des handicapés de naissance ?

Pourquoi Dieu a-t-il créé les maladies ?

Pourquoi Dieu laisse-t-il la souffrance se développer au-delà de l'utilité biologique ?

Pourquoi certaines personnes sont-elles condamnées au malheur durant toute leur vie ?

Pourquoi Dieu a-t-il créé les catastrophes naturelles ?

Pourquoi Dieu a-t-il créé la dépendance à la drogue ?

Pourquoi Dieu soumet-il à la tentation de la drogue certaines personnes plus que d'autres ?

Bref, l'existence d'un Dieu unique prouve que le Bien engendre le Mal, mais il est difficile d'accepter que les malheurs, les imperfections et l'arbitraire découlent d'une volonté divine délibérée.

À quelle image de Dieu accorder sa confiance ?

L'homme répugne à considérer de la malveillance dans Dieu et ses oeuvres. Les croyants envisagent prioritairement un Dieu d'amour. Cependant, il faut bien tenir compte de l'existence du mal, du malheur et de la souffrance, et, si on tient à la toute puissance divine, on ne peut éviter d'adjoindre, en guise de bémol, l'un au moins des correctifs suivants :

  • [le Dieu justicier] Dieu est bon, mais il n'accepte, dans son cercle d'amis, que ceux qui manifestent beaucoup de courage ; la vie sur terre est une sorte d'examen de passage qu'il faut réussir pour être sauvé ; il consigne scrupuleusement, dans sa mémoire infinie, toutes nos bonnes actions et toutes nos turpitudes pour en dresser un bilan ; les recalés à l'examen iront en enfer où ils seront sévèrement châtiés pour l'éternité ; «Dieu vomit les tièdes» Apocalypse 16 ; mais alors, pourquoi les avoir créés si faibles ?
  • [le Dieu mystérieux et obscur] Dieu est bon, mais les voies du Seigneur sont impénétrables ; croire en Dieu exige l'acceptation de nombreux mystères ; la foi est confiance aveugle ; l'existence du mal est qualifiée de «mystère» ; non seulement l'explication est creuse, mais il faut de plus laisser des contradictions devenir partie intégrante de la vision du monde ;
  • [le Dieu doloriste] Jésus Christ a souffert sur la croix ; Dieu est bon, mais il est utile que l'homme souffre, car la douleur est expiatoire et fait partie du chemin vers le salut ; le mérite se mijote dans la souffrance transformée en offrande ;
  • [le Dieu temporairement arbitraire] Certains humains ont droit à une vie de conte de fées, tandis que d'autres n'ont droit qu'à un malheur permanent ; mais ce ne sont là que broutilles passagères, car un rattrapage est prévu dans l'au-delà ;
  • [le Dieu qui délègue] Dieu a créé des êtres bienfaisants - les anges – des êtres malfaisants - les démons – et des êtres influençables – les humains - qu'il laisse agir ; il reprendra la main plus tard, après le Jugement dernier ; en attendant, il observe le spectacle qu'il a créé pour sa plus grande gloire ;
  • [le Dieu indifférent] Dieu est tout puissant, mais il n'est ni bon, ni mauvais ; il ne se préoccupe pas des humains qu'il a abandonné à leur sort ; il plane bien au-dessus de tous ces détails ;
  • [le Dieu mythique] Dieu n'existe pas, ou Il n'est que force impersonnelle et aveugle.

D'une part, la liste n'est pas exhaustive. D'autre part, étant donné que ces différents visages de Dieu ne sont pas tous incompatibles entre eux, il est possible de cumuler plusieurs explications. On se rend compte qu'il ne s'agit pas simplement de savoir si un Créateur existe, mais de comprendre ce qui se cache derrière le vocable «Dieu».

Pour faire son choix, l'être humain ne peut qu'analyser la cohérence du discours et son adéquation au réel. Puisque nul ne peut se prononcer sur la nature divine, l'homme raisonnable et prudent devrait pour le moins réserver son engagement et se déclarer agnostique.

Le mal est-il un sous-produit de la liberté ?

Selon un point de vue plus personnel, seule la dernière explication [le Dieu mythique] tient la route, car les autres cadrent mal avec notre besoin de justice. Au jeu de la vie, j'ai eu beaucoup de chance d'être né en Suisse et en bonne santé. D'autres, moins chanceux, sont nés handicapés et invalides dans un bidonville du Bangladesh. Comment peut-on se satisfaire de l'explication chrétienne selon laquelle le mal est un sous-produit de la liberté ?

  • Pour les maux qui dépendent de l'homme et qui sont expliqués par les tentations auxquelles il est constamment exposé, il est douteux qu'un Père prévenant ait volontairement créé de graves dangers afin que son enfant ait le choix d'y succomber. Pour celui qui sait d'avance ce qui va se passer, cela ressemblerait plus à un traquenard qu'à un geste d'amour. Et si l'homme n'est pas aussi bon que souhaitable, c'est parce qu'il a été créé tel.
  • Les catastrophes, les maladies et les épreuves ne sont pas toutes imputables à l'homme. La nature est souvent injuste, parfois même cruelle. Pour expliquer les malheurs qui s'abattent sur l'humanité, le mythe du péché originel décrit une punition collective et transgénérationnelle, ce qui est une justification imbuvable. Dieu aurait-il délibérément souhaité que tel enfant naisse tétraplégique ? Concevoir un Être infiniment bon, dont les manifestations sont visiblement arbitraires, est une offense à la justice et à la raison.

Il ne s'agit pas de mettre Dieu en accusation, mais de tester la cohérence ou l'incohérence de l'enseignement des Églises afin d'estimer le degré de confiance qu'on peut accorder aux religions chrétiennes. Une lacune des monothéismes est de faire de Dieu le créateur du pire comme du meilleur. Comment concilier la croyance en un Dieu infiniment bon et les horreurs qui ne proviennent pas de l'homme ? Les catastrophes naturelles sont-elles des châtiments divins ? Les victimes ont-elles été informées des motifs de leur disgrâce ?

Sans l'imperfection, la perfection est incomplète

Dieu ressentit l'insuffisance de sa perfection. Pour rompre son ennui, il décida de créer un monde imparfait.

Le résultat fut à la hauteur du Tout-Puissant. Depuis lors, chaque jour vient apporter son lot de surprises et d'étonnements dont le récit peut se faire à la manière du téléjournal quotidien : une guerre par ci, un tremblement de terre par là, un attentat, une épidémie, et ainsi de suite.

Ainsi, Dieu a surmonté l'insatisfaction de sa perfection et ne s'ennuie plus ... à moins que le récit précédent soit d'une absurdité telle que la seule voie de sortie est d'admettre qu'un tel Dieu ne peut pas exister.

Dieu est-il bon envers les vivants ?

Lorsqu'un être humain est frappé par un malheur, est-ce une punition divine ? Dieu cherche-t-il à tester sa foi ? Lui attribue-t-il une souffrance rédemptrice ? Lui fait-il subir les conséquences du péché originel ?

Naître dans un camp de réfugiés est une punition, mais quelle est la faute ? Sans rapport avec leurs mérites, certaines personnes sont condamnées à des souffrances dont la seule limite est la mort. Il arrive ainsi que l'enfer terrestre précède des péchés futurs, hypothétiques, et probablement imaginaires. Faudrait-il accepter ces épreuves comme étant la conséquence du péché d'Adam et Ève, un châtiment juste et mesuré ? L'idée d'un Dieu paradoxal qui joue aux dés, par exemple pour distribuer jusqu'aux enfants des maladies cruelles, invalidantes ou mortelles, heurte le bon sens.

À propos du séisme de Lisbonne de 1755, Voltaire écrivit :

Cent milles infortunés que la terre dévore
Qui, sanglants, déchirés et palpitants encore
Enterrés sous leurs toits, terminent sans secours
Dans l'horreur des tourments leurs lamentables jours
Aux cris demi formés de leur voix expirantes
Au spectacle effrayant de leurs cendres fumantes
Direz-vous ce sont là les salutaires lois
D'un être bienfaisant qui fit tout par son choix ?

Les hécatombes se succèdent dans une surenchère sans fin : le tsunami du 26 décembre 2004 dans l'océan Indien a fait plus de 250'000 morts; le tremblement de terre du 12 janvier 2010 dévaste Port-au-Prince, en Haïti, et tue 300'000 personnes. Si «pour Dieu, rien n'est impossible», on peut parier que le record sera battu.

Certains y voient des châtiments divins qui ne frappent que des pécheurs ayant mérité leur sort, tandis que d'autres, dans leur volonté irraisonnée d'y voir de l'amour, vont jusqu'à prétendre que le Seigneur châtie plus fortement ceux qu'Il aime le plus !

Lorsque tout va bien, il est rassurant de penser que Quelqu'un gère. Mais, que survienne un malheur, la frustration exige un coupable. Puisque ce ne peut être Dieu qui suit des plans obscurs, c'est nous les coupables. Et là, la religion se régale !

C'est ainsi que Jean d'Isieu, dans Signé Catherine paru en 1960, met les paroles suivantes dans la bouche d'un prêtre qui s'adresse à une jeune fille définitivement clouée dans une chaise roulante :

«Comme une bonne soeur dans son couvent, Catherine, tu es là dans ton fauteuil. C'est le cloître que le Seigneur t'a choisi Lui-même.»

Pour répartir les responsabilités, raconter une fable ne suffit pas. Le malheur frappe les hommes chaque jour, et la religion célèbre l'amour divin. Les actes sont assurément divins, alors que la parole n'est que discutable. Pour être crédible, une théorie explicative ne doit pas être démentie par les faits observés. Ce qui est apparent est injuste, mais le croyant imagine que Dieu apporte les corrections nécessaires dans l'invisible. Bref, il faudrait croire le contraire de ce que l'on voit.

Pour punir par amour, il faut présenter des justifications convaincantes, et la diversité des religions montre que l'information a été insuffisante. Si, d'une part, l'arbitraire du Tout-Puissant n'accorde aucune protection ni aucun droit aux plus faibles et, d'autre part, la doctrine religieuse nous interdit de Lui attribuer de l'indifférence, alors la religion nous donne du Ciel une représentation tellement contradictoire et aberrante qu'elle ne peut être qu'erronée. C'est une pensée inconsistante et immature que de croire en un Dieu plein de bonté, mais qui ne respecte pas les Droits humains. Qu'est-ce qui prime : la «vérité» de la doctrine ou la véracité des faits ?

Les conceptions polythéistes de l'Antiquité étaient en meilleur accord avec l'expérience quotidienne : les dieux de l'Olympe étaient capricieux et distribuaient bienfaits et malheurs selon leurs humeurs changeantes ; en traduisant dans un vocabulaire plus actuel, nous dirions «au gré du hasard des lois naturelles».

On prétend que la foi est un soutien dans les difficultés de la vie, mais j'ai souvent observé le contraire : lorsqu'un deuil ou une maladie survient, le croyant peut se révolter contre ce qu'il ressent être une injustice, tandis que le non croyant manifeste une meilleure acceptation des lois naturelles.

Lorsque des parents ayant vécu le plus saintement possible perdent un enfant, ils se demandent «Pourquoi est-ce précisément à nous que cela arrive ? Qu'avons-nous fait au bon Dieu pour mériter cela ?». La croyance en un Créateur génère le problème artificiel des sautes d'humeurs divines, parfois hostiles.

Au contraire, dans une vision non religieuse, les événements ne sont pas le fruit de la volonté d'un démiurge et n'obéissent à aucun plan. La question du pourquoi est objectivement sans objet et se réduit à exprimer un malaise. Il me paraît moins dramatique de simplement penser «Je n'ai pas eu de chance. Mais le hasard n'ayant ni intention, ni mémoire, je n'étais pas personnellement visé. Aucun mauvais esprit ne me poursuit, comme aucun ange ne me protège. L'homme n'est pas poursuivi par la malédiction du péché originel. L'avenir n'étant ni prédéterminé, ni écrit, tout reste ouvert, y compris le bonheur.»

Dans une attitude plus constructive encore, on peut se demander «Comment surmonter cette difficulté ? Quels objectifs viser ?», ce qui interroge, non le sens que la vie a, mais le sens que je désire donner à ma vie. Ce serait une occasion de grandir et de se comporter en adulte responsable.

Dans la catégorie «Qui aime bien châtie bien», l'Église a bien compris le message céleste. C'est ainsi que Jeanne d'Arc a été jugée par un évêque, condamnée pour hérésie et brûlée vive, puis, 25 ans plus tard, innocentée et réhabilitée, et finalement canonisée au XXe siècle. La souffrance accordée est signe d'amour puisqu'elle est rédemptrice.

Dieu sera-t-il bon dans l'au-delà ?

[Mt 5 29] «Si ton oeil droit est pour toi une occasion de péché, arrache-le et jette le loin de toi : il t'est plus avantageux de perdre un seul de tes membres que de voir tout ton corps jeté dans la géhenne.»

[Marc 9 43] «Et si ta main est pour toi une occasion de péché, coupe-la : mieux vaut pour toi entrer manchot dans la Vie que de t'en aller avec tes deux mains dans la géhenne, dans le feu qui ne s'éteint pas.»

Quelle sympathique ambiance, pleine de chaleur, de bonté et d'amour ! Et honni soit celui qui y verrait une justice implacable, vengeresse et barbare.

Dans le proverbe «Qui aime bien châtie bien», je vois moins l'expression d'une sagesse que la recherche d'une justification infondée à des pratiques douteuses.

«Je propose de comparer :

  • Barbe-Bleue : Je te remets toutes les clés du château et tu peux ouvrir toutes les portes, sauf celle-ci. Si tu désobéis, c’est la mort.
  • Yahvé : Je te donne tous les arbres de l’Éden et tu peux en goûter tous les fruits, sauf celui-ci. Si tu désobéis c’est la mort.»

Michel Bavaud, Petites réflexions d'un vieillard

Je comprends que le travail des théologiens soit difficile : ils sont situés devant une montagne d'absurdités avec pour mission de les réduire ou, tout au moins, de les contourner.

Dieu est-il paradoxal ?

Pour mettre la Rédemption en perspective, il ne faut pas perdre de vue qu'elle fait suite à la malédiction du péché originel par lequel les descendants d'Adam et Ève ont été condamnés avant même d'être nés. La Rédemption, dont l'effet 2 essentiel est une levée de la punition pour certaine personnes, ressemble moins à un acte d'amour qu'à une correction partielle d'une injustice.

Si la Révélation a suivi un plan, celui-ci a été défaillant. Dieu se serait manifesté il a 2'000 ans. L'être humain (homo sapiens) existant depuis environ 300'000 ans, n'est-il pas étrange que Dieu ait laissé l'humanité macérer dans le brouillard pendant 298'00 ans ? Attendre si longtemps avant de lancer une opération de secours ne correspond pas du tout à l'idée que nous nous faisons, ni d'un sauveteur, ni d'un Sauveur. Son amour infini aurait-il eu une panne ?

De plus, comme en témoigne la multiplicité des religions, l'annonce de la Bonne Parole a été bâclée. À supposer qu'on sache quelle est la «vraie foi» 3, l'abandon de tant d'humains à l'erreur, l'ignorance ou l'incertitude tend à discréditer la thèse de l'origine divine de la Révélation. Dieu nous jugerait sur la base de «règles du jeu» dont seule une minorité d'êtres humains a été instruite. Certains sont nés plus loin du Paradis que d'autres, et le sentiment de justice peine à trouver son compte.

L'apparition du christianisme possède les caractéristiques et les imperfections d'une création humaine. À l'échelle de la planète, aucun message divin n'émerge du bruit de fond, sauf à considérer que Dieu soit aphone ou qu'Il nous invite à un jeu de devinettes. Discourir contre le relativisme religieux ne lève en rien l'objection. De plus, parmi les chrétiens, seule une minorité d'élus sera sauvée 4. La Rédemption se limiterait-elle à un canot de sauvetage étriqué, réservé à quelques privilégiés ?

Une autre invraisemblance tient en ceci : Dieu ne peut pas demander aux hommes de pardonner à leurs ennemis et, au mépris de la cohérence, menacer les pauvres pécheurs des pires châtiments 5. Peut-on accorder sa confiance à un Être qui semble agir selon le principe «Faites ce que je dis, mais pas ce que je fais» ?

2  Je ne parle pas ici du moyen utilisé qui échappe à toute logique.

3  Voir le document De la probabilité qu'une religion donnée soit vraie.

4  Voir le document Christianisme ou athéisme, quelle est la foi du moindre mal ?

5  Voir le document Surmonter la peur de la mort, à la rubrique «La conception chrétienne de la justice divine».

«D'abord, il faut désobéir. C'est le premier devoir quand l'ordre est menaçant et ne s'explique pas.»

Maeterlinck, Ariane et Barbe-Bleue

L'explication de l'Église, le recours aux mystères, se contente de jeter un voile verbeux sur des incompatibilités qui discréditent la doctrine. C'est aussi se démunir de tout esprit critique au point de renoncer à faire usage de la raison.

Selon la logique, toute théorie contenant une contradiction interne permet de prouver n'importe quelle assertion, ainsi que l'assertion contraire. Une telle théorie n'est pas une explication rationnelle acceptable ; elle doit être corrigée ou abandonnée. La sérénité du coeur ne peut pas s'établir dans la confusion de l'esprit. Que Dieu soit ineffable est acceptable, mais Il ne saurait être absurde. Le croyant y voit, certes, un problème, mais, en toute inconséquence, pas de quoi mettre en doute ses convictions. La foi est confiance aveugle, ce qui montre que ce sentiment ignore la raison. Accepter de vivre dans des contradictions, c'est se condamner au malaise perpétuel. Pour se fier malgré tout à un Dieu bien réel, il faut fermer les yeux pour ne plus voir la misère, se boucher les oreilles pour ne plus entendre les plaintes, et beaucoup prier, à deux genoux, jusqu'à l'étourdissement !

Dieu est un mythe ou une force impersonnelle

Dieu est bon comme Pégase est ailé

L'homme est doué de raison. Malheureusement, cela ne signifie nullement qu'il soit gouverné par la raison car, le plus souvent, il met son intelligence au service de ses passions. Cependant, malgré des efforts spéculatifs séculaires, les théologiens ont échoué dans leurs tentatives de présenter une doctrine cohérente et ont dû recourir à l'expédient des mystères, ce qui montre que la foi est un amalgame hétéroclite, un bricolage inconsistant, dont nul esprit n'a pu trouver le liant. Asséner que le mal est le fruit de la liberté est manifestement incongru. Même si Dieu n'assume qu'une responsabilité indirecte, il serait insensé de soutenir qu'Il n'y est pour rien. Il n'est pas raisonnable de faire reposer la responsabilité ultime sur un être spirituel, doué de bonté et d'amour, qui suivrait un plan ténébreux. Au lieu de surmonter les paradoxes dont sont truffées les religions traditionnelles en mettant le bon sens en veilleuse et en se réfugiant dans l'irrationnel, je préfère abandonner les sus-dites religions. Suprême vanité de l'homme qui se prend pour «un élu», Dieu n'est ni bon, ni paradoxal, car mythique. La probabilité que «la vraie foi» se niche dans l'un des monothéismes est mince. Dieu est bon comme Pégase est ailé.

Sachant que notre cerveau a une propension naturelle de créer des mythes et de les faire évoluer, nous pouvons enrichir notre culture tout en ayant le recul de considérer les mythes pour ce qu'ils sont : des histoires merveilleuses, mais fictives. Dieu n'est que le miroir des préoccupations humaines. C'est la raison pour laquelle il varie selon les cultures et évolue au fil de l'histoire.

En première analyse, l'existence d'un Créateur est une question secondaire. Il nous importe davantage de savoir s'il est vrai que nous serions éternels et que notre bonheur post-mortem serait conditionné par notre pratique religieuse. C'est donc du Dieu qui juge, qui récompense et qui punit dont je doute sérieusement de l'existence.

Pour expliquer les incohérences, les catastrophes, les malheurs, les injustices et l'arbitraire, le hasard impersonnel de la nature est plus satisfaisant pour l'esprit. Dépourvue d'intention, la nature, qui mélange bonté et cruauté, possède de nombreuses qualités. Elle nous a conçu et nous en sommes une parcelle consciente. Nous pouvons donc la respecter et l'aimer comme notre mère et comme soi-même.

Comme nous n'avons trouvé aucun être surnaturel à qui faire endosser une partie de nos responsabilités, c'est donc à nous les hommes d'assumer les conséquences de nos décisions et le déroulement de notre histoire.

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