La guérison

Conte philosophique

de Marcel Délèze

Personnages

Dans ce conte apparaissent les personnages suivants :

Le musicien
Notre musicien est un artiste dans tous les sens du terme, y compris les moins reluisants. Il a composé des mélodies qui ont accompagné les films les plus célèbres, composé des chansons pour des chanteurs connus. Il mène une vie chaotique, se remarie chaque année, passe des épisodes de sa vie dans la drogue, d'autres en cure de désintoxication. Il est invité dans des émissions de télévision réservées aux vedettes. Il est interviewé par la presse, aussi bien sur son oeuvre musicale que sur sa dernière conquête ou sa dernière rechute. Il ne se complaît pas dans son relatif malheur et cherche une voie de sortie qui lui échappe sans cesse.
Le philosophe
Celui qui apparaît ici est immensément cultivé et très fécond. Comme il est quelque peu dépressif et occasionnellement tenté par le suicide, il a écrit des pages émouvantes sur le non-sens de l'existence, ce qui a porté sa renommée au-delà des océans. Quand il écrit que l'homme est irrémédiablement englué dans le malheur de son destin, il ressent une grande jouissance intérieure d'être si brillamment lucide, de pouvoir le décrire et d'être reconnu pour cela.
Le croyant
À la suite du décès d'un proche, notre croyant a décidé de consacrer sa vie à Dieu. Il s'est rendu compte que ce qu'il considérait auparavant comme des peccadilles se révèlent être en fait des péchés, dont certains sont mortels. Pour se faire pardonner, il allait désormais se dévouer comme auxiliaire laïc auprès de la paroisse. Il ressent son travail comme un baume qui apaise ses sentiments de culpabilité. La vie n'en est pas plus belle, mais moins douloureuse.
Une personne ordinaire
Notre personnage, homme ou femme, a une profession modeste, une vie familiale qui, sans être géniale, est plutôt heureuse. En matière philosophique ou religieuse, il ne se casse pas la tête et n'y pense pas trop. Il ne demande pas la lune quand il prévoit la déconvenue. Un peu de légèreté constitue un antidote aux pesanteurs des sentiments négatifs. Il vit au jour le jour, prend son plaisir dans l'instant, mais sans sacrifier l'avenir, en gardant la tête sur les épaules, comme on dit dans son milieu. Il faut tenter de vivre le plus pleinement possible, avec les moyens dont on dispose. La vie est belle tant qu'elle n'est pas gâchée par l'anxiété d'un futur incertain. Mais le bonheur est une autre chose.

Conte

Survinrent alors une successions de découvertes scientifiques majeures et de fulgurants progrès en médecine capables de vaincre toutes les maladies mentales. À la suite d'un examen approfondi, un diagnostic précis peut être posé. Un traitement, parfaitement adapté à chaque cas, peut être prescrit. Il s'ensuit une guérison totale et définitive.

Le musicien et la personne ordinaire furent déclarés sains d'esprit.

À la suite du traitement, la personnalité du philosophe changea. Le plaisir de vivre revint. Il devint écrivain. Dans ses romans, il met en scène des personnages désespérés avec un réalisme qui fait les plus grands succès littéraires. Ce qu'il dramatise dans son oeuvre, il le dédramatise dans sa vie. Son pessimisme s'est atténué. Ses romans se terminent désormais par une ouverture sur l'espoir d'un avenir meilleur.

Quant au croyant, après une longue prise en charge psychologique, il retrouva la paix en devenant une personne ordinaire.

Moralité

Particulièrement en ce qui concerne sens de la vie, la folie est souvent l'objet d'erreurs de diagnostic. Il faut désherber son jardin intérieur pour en retirer l'anxiété maladive. C'est l'indifférence religieuse qui guérit le croyant.

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